Kinshasa : la population congolaise à la merci des insécurités routières.

Dans la capitale économique de la République démocratique du Congo, la question de la sécurité routière est devenue un enjeu majeur du quotidien des habitants.
Alors que des millions de Kinois empruntent chaque jour les voies de circulation urbaines, l’état déplorable des routes, l’absence de régulation efficace et la multiplication des risques font craindre pour la vie de nombreux usagers.Selon les autorités provinciales, près de 75 % du réseau routier de Kinshasa est en mauvais état. Sur environ 3 999 km de routes existantes, seuls environ 1 000 km sont réellement bitumés et praticables, laissant les trois quarts des artères dans un état de délabrement préoccupant. Cet état de dégradation ne se limite pas aux zones périphériques : même des axes importants comme l’avenue Yolo-Médical à Limete montrent des nids-de-poule profonds et des portions quasiment impraticables. Les conducteurs dénoncent régulièrement des pannes mécaniques et des accidents directement liés à ces défauts d’infrastructure.
Avec la reprise graduelle du trafic après la période pandémique et la suspension de certaines règles restrictives sur les mouvements de gros véhicules, des embouteillages persistants sont observés sur des axes clés comme le Boulevard Lumumba et la Route Poids Lourds à Limete.
La circulation est souvent asphyxiée par la cohabitation difficile entre voitures, taxis collectifs, bus, poids lourds et autres engins motorisés sans régulation stricte.
Sur certains axes majeurs, la présence des agents de contrôle routier se fait rare, notamment sur le Boulevard Lumumba à Tshangu, suscitant interrogations et frustration chez les usagers qui constatent l’absence de supervision policière, indispensable pour faire respecter les règles de circulation. Le gouvernement provincial a par ailleurs annoncé la suspension des opérations spécifiques ciblant les motocyclistes, communément appelés « wewa », afin de dissiper toute confusion sur les contrôles routiers. Désormais, toutes les opérations de régulation doivent concerner tous les usagers, mais la mise en œuvre reste difficile sur le terrain.
Face à la persistance de comportements dangereux circulation à contre-sens, non-respect des feux rouges, motos-taxis envahissant les voies principales la police de Kinshasa a expérimenté l’utilisation de drones pour surveiller et traquer les chauffards, en particulier dans la commune de la Gombe.
Cette initiative vise à imposer davantage de discipline, mais elle fait face à des limitations techniques et humaines. Les autorités ont tenté de réglementer certains aspects de la circulation, notamment en interdisant les mototaxis sur certaines portions de la Route Nationale n°1 après 22 h, afin de limiter les accidents nocturnes et de fluidifier le trafic. Toutefois, l’application de ces mesures reste sporadique et dépendante des ressources disponibles pour la police.
Kinshasa, avec une population qui ne cesse de croître rapidement, voit chaque jour affluer sur ses chaussées des conducteurs novices, des transporteurs informels et des flottes de véhicules souvent mal entretenus. La combinaison d’un réseau routier insuffisant, de règles de circulation peu respectées et d’une urbanisation rapide crée un cocktail dangereux pour la sécurité routière des citoyens.Les routes en mauvais état et l’insécurité qui règne sur les artères kinois entraînent non seulement des accidents fréquents, mais aussi des pertes économiques pour les familles dont les véhicules tombent souvent en panne.
Les commerçants, transporteurs et travailleurs perdent du temps et de l’argent, affectant ainsi l’économie locale. Chaque bouchon ou incident routier a un impact direct sur la productivité et le moral des habitants.
Les experts, urbanistes et certains politiciens insistent sur la nécessité d’un plan d’action structuré et durable.
Cela inclut la réhabilitation urgente des voies existantes, l’élaboration d’une stratégie de drainage des eaux de pluie pour éviter l’érosion des routes, la formation continue des conducteurs et un renforcement significatif des forces de police routière. Sans une mobilisation coordonnée des autorités, des citoyens et des partenaires internationaux, la situation routière risque de continuer à mettre en danger la vie de milliers de Kinois chaque jour.
Dans la capitale congolaise, la sécurité routière reste un défi quotidien. Entre délabrement des routes, régulation insuffisante et comportements dangereux, la population se retrouve trop souvent prise en otage entre les dangers de la circulation et la lenteur des réponses institutionnelles. Il est urgent que des réformes structurelles et des investissements conséquents soient engagés pour améliorer la sécurité de tous les usagers.
Diallo MWAMBA



